Colloque : Champ littéraire et nation [ Colloque préparatoire ]

2.10 - 'Am I a German?' Hans Magnus Enzensberger et la question allemande

Auteur(s) : Henning Marmulla

Documents :

Version PDF [54.55 KB]

« Am I a German ? » se demande Hans Magnus Enzensberger dans un article publié dans la revue anglaise « Encounter » au printemps 1964, qui est ensuite réédité par le journal hebdomadaire allemand « Die Zeit » sous le même titre (« Bin ich ein Deutscher ») la même année et qui, en 1967, fait partie de sa collection d’essais « Deutschland, Deutschland unter anderm » sous le titre « Von der Schwierigkeit Inländer zu sein ». La nationalité, y souligne Enzensberger, n’est pas une réalité, mais une attente de rôle dangereuse, puisqu’elle persiste comme une réalité psychologique. Cette réalité génère alors une double question allemande : celle du « passé non-travaillé » et celle de la « division allemande. » Par rapport au travail de mémoire il parle d’abord de la ritualisation du souvenir, qui reste improductif et sans suite selon la devise « qui s’accuse, s’excuse. » Sa réponse à cette double question allemande est qu’elle n’a pas vraiment d’importance. Avec ces prises de positions il se délimite de nombreux écrivains comme Hochhuth et Weiss, qui, dans le cadre de leurs pièces « Der Stellvertreter » (1963) et « Die Ermittlung » (1965), viennent de commencer à travailler le passé allemand sous une perspective esthético-littéraire. Ainsi, Enzensberger provoque de nombreux débats, notamment avec Hannah Arendt et Peter Weiss. Au cours de ces confrontations, il radicalise « sa réponse allemande » dans un article publié dans le Kursbuch en 1965, intitulé « Europäische Peripherie ». Il y propose une esquisse de sa perception du monde social actuel. A notre avis, il n’est guère étonnant que la catégorie de la nationalité y est également niée d’une manière radicale. Selon l’auteur, le monde n’est pas divisé entre communisme et capitalisme, fascisme et antifascisme, Est et Ouest, mais entre pauvre et riche, une division donc, qui peut être transversale aux sociétés, aux systèmes et aux états-nations.

Les prises des positions de Enzensberger sont déterminées par un principe, qui s’objective et s’institutionnalise dans certaines démarches littéraires, intellectuelles et éditrices : celui de la « de-nationalisation ». Premièrement : Sur le plan international, il aspire à redéfinir le rôle de l’intellectuel ainsi qu’à institutionnaliser la critique des problèmes internationaux à travers le projet de la « Revue Internationale » à partir de 1960 (un projet auquel participent de nombreux intellectuels allemands, italiens et français, dont Blanchot, Mascolo, Vittorini, Leonetti), puis à partir de 1965, à travers le « Kursbuch ». La conception de la « Revue Internationale » était telle que les problèmes nationaux ne se laissent expliquer, analyser et critiquer que par leur dimension internationale. La revue se devait donc exprimer une critique internationale dans le cadre d’un travail collectif international. Selon nous, le « Kursbuch » de Enzensberger réalise ensuite ce qui a échoué dans le contexte international, car la revue partage avec le projet de revue des principes de base centraux : l’orientation internationale d’un côté, la pensée critique de l’autre. Deuxièmement : Enzensberger élargit son champ d’action au domaine de la traduction. Il souhaite dépasser le caractère exclusivement national et limité de la réception littéraire. Dans le « Museum der modernen Poesie » (1960) il part de l’hypothèse que la « poésie moderne » a mené à la « naissance d’une langue universelle poétique ». « Cette langue universelle », résume-t-il, a « libéré le particulier de sa relation avec les littératures nationales ». Troisièment: A part les activités de la médiatisation et de la distribution, sa propre production littéraire est également soumis au principe de l’internationalisation. En 1969 il publie « Das Verhör von Havanna » et en 1972 « Der kurze Sommer der Anarchie. Buenaventura Durrutis Leben und Tod », alors que beaucoup d’autres auteurs allemands restent dans les limites du cadre littéraire national, notamment Martin Walser, Uwe Johnson et Günter Grass.

Cet exposé a pour ambition de comprendre le transfert du principe de la 'dé-nationalisation' en prises de position littéraires, intellectuelles et éditrices comme stratégies de distinction dans le champ littéraire de la R.F.A., ces stratégies permettant à Enznsberger de se distinguer de la majorité des écrivains allemands de l'époque. Dans cette perspective, sa perception du monde social contemporain n'est pas un produit contingent, mais issue de dispositions acquises, qui sont générées dans une relation réciproque du champ et de l'habitus.

Haut de la page  ]

Rencontres

Réseau « ESSE »

9-10 Janvier 2009 - L’espace intellectuel en Europe 19e – 21e siècles
Resp. G. Sapiro, F. Schultheis, V. Dubois

Publications et activités

Les contradictions de la globalisation éditoriale

[5.1.2009] - Publications

Vient de paraitre sous la direction de Gisèle Sapiro Les contradictions de la globalisation éditoriale aux éditions du Nouveau Monde [...]

Le nouveau site TRANSEO est en ligne !

[24.12.2008] - Publications

TRANSEO est une revue transdisciplinaire et transnationale sur la production et les usages des biens culturels, littéraires et scientifiques [...]

archive des nouvelles >>