Colloque : Champ littéraire et nation [ Colloque préparatoire ]

2.11 - Le regard d'un 'malpensant': l'Italie du Risorgimento dans la perspective déplacée de Giacomo Leopardi

Auteur(s) : Riccardo Bonavita

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L’exposé porte sur le rôle joué par le champ littéraire italien dans le processus de construction nationale, à l’époque de la Restauration, en s’arrêtant notamment sur les cas significatifs de Leopardi et de Manzoni. Ils produisent des représentations de la nation différentes et partiellement en conflit, qui s’expliquent en considérant les différences entre leurs positions dans le champ littéraire.

Si l’on considère la 'nation' en tant qu’un espace de relations sociales, l’on peut lire dans le déroulement pluriséculaire de la littérature en langue italienne l’histoire d’un champ littéraire 'national', qui relie des agents et des institutions relèvant d’États différents et divisés. A l’âge de la Restauration son rôle devient d’autant plus decisif que, du fait d’une fracture entre champ culturel et champ du pouvoir, se déclanchent a) des dynamiques de politicisation 'patriotique' des intellectuels, b) des formes de collaboration contre les obstacles politiques, judiciaires et économiques mis en oeuvre par les États légitimistes. Ainsi le champ littéraire met en œuvre une sorte de 'nation' sans État.

À partir de 1816 se déploie la lutte entre classiques et romantiques dans un champ jusque là dominé par le néo-classicisme de Vincenzo Monti. Dans les annés ’20, les jeunes producteurs les plus 'internationnalisés' réussissent, en important la nouvelle poétique romantique, à renverser la hiérarchie 'nationale' des positions, des genres et des procédés. Cet affrontement permet de comprendre les principales prises de position de deux auteurs tels que Leopardi, qui se range de côté des classiques, et Manzoni, chef de file des romantiques.

L’Italie de Manzoni emprunte tous ses traits (la langue, la religion, la tradition historico-culturelle, le sang, le sentiment national) des théories du nationalisme européen du XIXe siècle. Celle de Leopardi est issue d’un répertoire classique forgé par les grands ancêtres de la tradition littéraire. Alors que la 'nation' de Manzoni appartient au romantisme européen, et enclue presque tout le peuple, l’Italie de Leopardi est surtout une bibliothèque et un canon national, qui exclue la masse des dominés analphabètes. Manzoni, romantique, cherche dans le Moyen Age chrétien les racines de l’identité ethnique et religieuse. Leopardi, tenant du classicisme, cherche le modèle de la nation libre et vertueuse dans la Renaissance et dans les villes-états républicaines.

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