Colloque : Cas d’espèces, cas d’écoles

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Cas d’espèces, cas d’écoles. Production nationale et circulation internationale des concepts en histoire

Dates du colloque : 6-8 mars 2008

Ce colloque, organisé par Olivier Christin (professeur d’histoire moderne, Lyon II) et Igor Moullier (maître de conférences en histoire moderne, ENS-LSH), s’inscrit dans le prolongement de plusieurs séminaires organisés de différents partenaires européens depuis 2005 : Frankreichszentrum de Fribourg (Allemagne), Université Ca Foscari de Venise, doctorat européen, et le réseau européen ESSE (Espace des sciences sociales européen), partenaire financier majeur du projet, sur le thème de la pluralité linguistique dans les sciences sociales, réflexion aujourd’hui nécessaire et identifiée comme telle par de nombreux chercheurs européens. Trois rencontres organisées à Freiburg, Venise, Sion ont d’ores et déjà permis de constituer un réseau européen de chercheurs et historiens intéressés à ces questions. Une prochaine séance se tiendra début juin à l’université de Cadix. Pour l’organisation de la séance française, le choix de l’ENS-LSH a semblé s’imposer aux organisateurs en raison des traditions d’analyse sémantique menées à l’ENS de Fontenay- St-Cloud, et maintenant à Lyon, notamment par le laboratoire Triangle, ainsi que par la revue Mots. Ces deux partenaires sont associés à ce colloque, de même que le laboratoire LARHRA, l’université de Lyon II et l’université de Lyon III. Le projet de ce colloque est donc bien de poursuivre les réflexions engagées à l’ENS-LSH en matière d’histoire des discours et des lexiques politiques, mais en y apportant une attention particulière aux questions de circulation internationale des concepts et aux enjeux de traduction. Des chercheurs de renom spécialistes de ces questions, comme Hans-Erich Bödeker, Martin Van Gelderen, Stuart Woolf y participeront. Ils incarnent la diversité des courants que nous entendons solliciter : Begriffsgeschichte pour H.E. Bödeker, histoire de langue politique européenne pour Martin van Gelderen, qui a co-dirigé avec Quentin Skinner une histoire du républicanisme européen, histoire sociale de l’Europe pour Stuart Woolf. Selon les termes de John Pocock, « l’usage que l’historien fait de son propre vocabulaire professionnel doit, ou devrait, constituer le principal objectif de la critique historique ». Ce travail pourrait, par exemple, rappeler que des termes aussi courants dans l’historiographie religieuse traditionnelle que « croyance » ou « superstition », ne désignaient pas, dans les sources, un ensemble précis, immuable, objectif de pensées, de gestes, de paroles, mais avant tout des catégories à travers lesquelles, à une époque donnée (le XVIIe siècle pour «croyances »), certaines conduites –et du coup ceux qui s’y conformaient- furent qualifiées et disqualifiées ; et inviter par là à ne pas reprendre ces termes comme s’ils étaient neutres, dépourvus de toute charge idéologique, et en tout cas à ne le faire qu’en connaissance de cause et en sachant ce que charriaient avec eux les mots arrachés au vocabulaire des sociétés passées et de leurs acteurs. Mais ce travail de réflexivité critique devait, s’imposer comme nécessité également pour les termes spécifiques des sciences sociales, historiques et politiques, dont le langage indigène ne portait pas forcément la trace. C’est l’histoire qui fait d’un concept ou d’un mot ordinaire du langage indigène un intraduisible et non la géographie du réseau sémantique : elle peut donc faire l’objet d’une enquête historique. C’est l’objet du colloque que de rassembler une série de réflexions consacrées à quelques-uns de ces termes ou de ces concepts à travers lesquels les sciences sociales et l’histoire pensent le monde social et se pensent elles-mêmes. A la croisée de l’histoire intellectuelle de Pocock et Skinner, de la Geschichtliche Grundbegriffe de Koselleck, ou plus récemment du Vocabulaire européen des philosophies de Barbara Cassin, il s’agira de s’interroger sur les désignants historiques : catégories chronologiques, sociales, idéologiques, à travers des enquêtes comparatistes montrant les conflits de sens et d’écoles à l’œuvre dans la formation de termes et concepts tels que « sociabilités », « absolutisme », « intelligentsia », « confession », etc. Dans le but de favoriser un véritable dialogue entre chercheurs et pays et d’horizons différents, le colloque sera organisé en sessions thématiques : la périodisation historique, la désignation des groupes sociaux, les identités, les idéologies politiques. Dans le programme des interventions s’exprimeront à la fois des chercheurs confirmés et de jeunes chercheurs, pour certains issus de l’ENS-LSH, et où une large place sera laissée au débat. Seules importent la démarche et l’exemplarité de l’analyse, tournées vers la dénaturalisation et l’historicisation des usages lexicaux qui feront des exemples retenus autant de cas d’école, c’est-à-dire de cas exemplaires sur lesquels penser ce que les structures académiques, les usages linguistiques, les routines intellectuelles imposent de manière subreptice. Une édition des actes du colloque est d’ores et déjà prévue avec l’éditrice Anne-Marie Métaillié.

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