Rubrique : Lexique

Séminaire : Anthropologie historique comparée des sociétés européennes

Abstract: Présentation séminaire Anthropologie historique comparée des sociétés européennes Séminaire des 16-17 septembre 2005 Freiburg/Brisgau Frankreich Zentrum Responsable : Olivier Christin Coordination : Joseph Jurt

Si l’on veut écrire une histoire de l’Europe qui ne se réduise ni à l’histoire de l’idée d’Europe, ou de la construction européenne, ni à un comparatisme trop lâche pour mettre en relation autre chose que des types-idéaux (les pays, les marins, les marchands en Europe…) ou des lieux dont les principes de sélection ne sont jamais faciles à déterminer (pourquoi celui-ci plutôt qu’un autre ? pourquoi à telle période et non telle autre ?), on ne peut que constater que la construction d’objets d’enquête pertinents uniquement à condition d’être appréhendés à l’échelle européenne se heurte constamment à des problèmes de traduction et plus généralement d’extension à l’ensemble des territoires considérés des catégories conceptuelles utilisées, mais aussi à des obstacles, également redoutables, de circulation entre vocabulaire indigène et vocabulaire scientifique. Peut-on en toute rigueur parler de confessionnalisation ailleurs que dans le Saint-Empire ou de province (opposée à la capitale) ailleurs qu’en France ? Mais peut-on dans un projet d’histoire religieuse ou d’histoire politique se passer de tels concept. Peut-on par conséquent leur substituer des équivalents plus lâches et donc supposés plus universels sous prétexte de leur caractère intraduisible et trop singulier et parler simplement de formation des identités religieuses et de l’opposition entre le centre et la périphérie ? Doit-on renoncer, finalement, aux acquis du long travail historique de formation des outils nationaux de l’entendement historique pour écrire une histoire européenne de l’Europe ? Comment peut-on, par exemple, penser les enjeux des transformations religieuses du XVIe siècle et la fin de la « robe sans couture » sans être confronté à la complexité du terme de confession qui désigne aussi bien un sacrement qu’une profession de foi ou une dénomination comme dit l’anglais, alors qu’en allemand les acteurs historiques et, du coup, les historiens peuvent disposer de Konfession, de Bekenntnis ou de Beichte ? Ce projet de séminaire –et de publication des contributions progressivement rassemblées et traduites- entre historiens français, suisses et allemands a pour ambition de prendre précisément pour objet ces intraduisibles de la connaissance historique pour reprendre l’expression de Barbara Cassin, ces concepts originaux à travers lesquels les indigènes puis les écoles historiographiques qui en sont les héritières ont pensé la singularité des histoires nationales, et de considérer, par conséquent, les problèmes lexicaux non comme des obstacles fastidieux qu’il faut surmonter au plus vite, mais comme des lieux où se dévoile à la fois certaines spécificités des sociétés européennes et une partie de l’inconscient académique qui fait tenir pour essentiel et évident des questions qui n’ont peut-être aucune pertinence en-dehors du pays où elles ont été posées pour la première fois. Il s’inscrit ainsi dans une autre perspective que celle au principe des « lieux de mémoire » français et allemands, qui interrogent et objectivent historiquement les lieux, notamment intellectuels, de construction des inconscients nationaux, et entend plutôt puiser dans les ressources théoriques proposées par le Vocabulaire européen des philosophies, par les Geschichtliche Grindbegriffe et les travaux d’histoire comparée consacrés par exemple à l’espace allemand sans partager nécessairement tous les principes théoriques et les attendus de ces entreprises. L’objet de ce séminaire n’est donc pas de recenser les meraviglie de l’histoire nationale des uns et des autres ou de décrire les curiosa des différentes historiographies, mais de dévoiler et d’analyser les relations qui existent entre les spécificités des sociétés européennes, la diversité des structures académiques (comme l’étrange mariage entre la géographie et l’histoire dans l’université française) et l’intraduisibilité ou plutôt l’irréductible singularité de certains concepts centraux de la science historique. C’est donc bien à un travail de réflexion critique comparée sur les outils de la critique historique que tend ce séminaire, puisqu’il s’agit de montrer, aussi, en quoi le vocabulaire de la science historique est le produit d’un travail historique très particulier et pas toujours universalisable. Une cinquantaine de termes, de concepts, d’expressions seront donc choisis, en commun, pour faire l’objet d’analyses croisées. La liste qui suit est provisoire et évidemment indicative : elle ne constitue pas un programme, mais une simple piste de réflexion qui doit être amendée et complétée.

Ständestaat Konfessionnalisierung Konfession/Bekenntnis Policey Bildungsbürgertum Heimat/Vaterland/patrie Bild/image/tableau Territorien

Pilarisation

Laïcité Laïcs Province (opposée à capitale) Frontières naturelles Sentiment national Absolutisme Amitié/Freundschaft Ministre Occident Peuple/populaire

Virtù Fama Fortuna Civiltà Uomo di Stato Ragione di Stato/ Arte delle Stato

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