Colloque : Rapports ambivalents entre les sciences sociales européennes et américaines

2.07- Curt Nimuendaju et la configuration de l’ethnologie au Brésil

Auteur(s) : João Pacheco de Oliveira

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Sr le sujet de la construction des images et de la connaissance de peuples caractérisés comme « autre » (c’est-à-dire, nonoccidentaux), la première moitié du XXe siècle nous présente un contraste intéressant entre les pays européens – qui conduisaient l’institutionnalisation de l’Anthropologie (surtout l’Angleterre) – et le Brésil. L’établissement des chairs universitaires et la production d’un ensemble de monographies fondatrices à propos des systèmes sociaux en Afrique et en Mélanésie ont consolidé l’Anthropologie comme une discipline universitaire dans le premier cas. Pendant cette période, l’étude sur les peuples et les cultures autochtones au Brésil résultait de l’activité des musées, supposant un vif dialogue avec des penseurs allemands et gardant aussi forte connexion avec l’école boasienne. Par suite les standards de la pratique professionnelle étaient très différents, aussi bien que les mécanismes pour le financement de recherches et l’existence d’alliances avec quelques agences de l’état. Notre but est de contribuer à la discussion sur les flux scientifiques internationaux, en faisant explicite la configuration de plusieurs standards de pratique professionnelle dans un même domaine de connaissance. Notre intention est de remplacer les registres hétérogènes et la manque de complétude par une compréhension de l’originalité et de la consistance de cette période ainsi comme de ses personnages, et pas les considérer tout simplement comme des signes (éventuels et temporaires) du début de cette discipline au Brésil. Ayant ce but, je focaliserai un des personnages, le plus distingués de cette période, qui a suivi un chemin intellectuel très différent de ce des ethnologues actuels. Cependant il a produit une vaste oeuvre qui est devenue référence nationale et internationale pour les études sur les peuples autochtones au Brésil. Je parle de l’Allemand Curt Unkel, appelé « Nimuendaju » parmi les Guaranis (« celui qui crée ou qui fait sa demeure »). Il a utilisé ce nom comme si c’était son nom. Jusqu’à sa mort, en 1945 parmi les Tukuna de l’Alto Solimões (Amazonie), il a visité plus de 40 peuples indigènes, dès l’Amazonie jusqu’au sud du Brésil. Son travail intellectuel était remarquable : plusieurs monographies ont été éditées en anglais par l’Université de Berkeley, sous la supervision de Robert Lowie outre que quelques chapitres dans le grandiose Handbook of South American Indians (édité par Julian Steward entre les années de 1945 et 1948) et aussi quelques articles publiés dans les revues spécialisées en France et en Allemagne. Reconnu comme étant le plus grand ethnographe et connaisseur direct des cultures et des langues indigènes du pays, Curt Nimuendaju a été paradoxalement décrit comme « autodidacte », « collectionneur » ou « indigéniste ». L’aspect romantique et même exotique de sa biographie et de son trajet intellectuel ont toujours été mis en relief. Le but de ce travail est de récupérer les amples réseaux de coopération scientifique qui ont viabilisé son travail et montrer les matrices théoriques et les stratégies institutionnelles qui y sont exprimées.

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