Colloque : Champ littéraire et nation [ Colloque préparatoire ]

2.08 - Les écrivains français et leur nation pendant la Première Guerre mondiale

Auteur(s) : Almut Lindner-Wirsching

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Dans la mémoire collective, les écrivains français de la Première Guerre mondiale se divisent en deux groupes différents, dont l’un – celui des auteurs civils – aurait fait preuve d’un chauvinisme exalté en chantant la mort glorieuse sur le champ de bataille, tandis que l’autre – celui des plus jeunes qui ont fait l’expérience du front – aurait donné une image réaliste, désabusée de la guerre ou bien aurait sacrifié sa vie. Par conséquent, seuls les ouvrages des auteurs dits « écrivains combattants » mériteraient d’être lus encore. A y regarder de plus près, la différence entre écrivains civils et combattants est toutefois moins grande qu’on a tendance à le croire. Les écrivains qui ont décidé de publier pendant le conflit s’identifiaient fortement avec l’effort de guerre de leur nation et légitimaient la guerre d’une manière ou d’une autre. C’était même justement le statut de témoins des « écrivains combattants » qui confirmait le bien-fondé de la cause française.

En étudiant les trois aspects de l’écriture (procédés narratifs, thèmes majeurs), du culte des écrivains morts pour la France et enfin de la réception de la littérature de guerre, cette contribution se proposait de démontrer combien l’émergence de la nouvelle catégorie des „écrivains combattants“ était liée à la culture de guerre 1914-1918, d’une part, et à la nation, de l’autre. L’engagement militaire, volontaire dans bien des cas, conférait un prestige extra-littéraire à des marginaux et nouveaux venus du champ littéraire qui leur permettait de se distinguer et de s’imposer face aux auteurs établis. Les « écrivains combattants » ont dominé le champ littéraire pendant la deuxième moitié du conflit, et leurs écrits, dont quelques-uns sont devenus de véritables « lieux de mémoire », sont les seuls ouvrages contemporains de la Grande Guerre disponibles jusqu’à nos jours. Pourtant, la base de légitimation de ces écrivains a évolué: Si l’expérience du front a permis la percée de nouveaux auteurs pendant la guerre, le critère de l’authenticité s’est révélé insuffisant à la fin de l’ère des témoins. Les « écrivains combattants » passés à la postérité sont ceux qui se légitimaient doublement, sur le plan national et littéraire, par leur statut de témoins de la Grande Guerre et par la valeur artistique de leurs œuvres.

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