Colloque : Traditions nationales en sciences sociales

2.05 - De l’usage de l’œuvre de Max Weber en France après 1945

Auteur(s) : Michael Gemperle

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Dans la sociologie internationale, l’œuvre de Max Weber est reconnue depuis la fin de la deuxième guerre mondiale comme point de référence de première importance. Malgré cela, la réception de l’oeuvre n’a que rarement été accompagnée d’un travail de développement ultérieur des instruments conceptuels de Max Weber, bien que l’auteur ait lui-même insisté sur les limitations que les conditions historiques imposaient à ses analyses sociologiques. Dans beaucoup de pays, une réception théoriciste a prédominé. Même dans la sociologie allemande (de l’ouest), où les conditions (linguistiques) auraient pu favoriser la compréhension des spécificités de l’œuvre de Weber, l'actualité empirique de ses concepts théoriques n’est guère examinée. Contrairement à cette évolution prédominante, la sociologie française à donné naissance à des travaux d’actualisation des outils analytiques de Weber. Son oeuvre a servi comme point de référence principalement entre 1959 et 1973 - une époque dans laquelle le champ sociologique a connu une forte expansion des activités de recherche et les travaux empiriques rencontraient un intérêt très important. Cela a abouti au résultat suivant : A côté (1) de l’usage de « Weber » par son « importateur » et principal diffuseur en France, Raymond Aron, qui voulait le dépouiller de l’empreinte de Parsons afin de l’établir comme les autres classiques Marx et Durkheim parmi les piliers centraux d’une théorie sociologique européenne, et (2) un usage visant à faire de l’œuvre wébérienne une ligne de démarcation entre une bonne et une mauvaise sociologie, s’est développé (3) un usage de « Weber » dans le but d’étudier certains objets empiriquement. Ce dernier développement était porté en premier lieu par des membres de la première génération de sociologues qui ont travaillé à l’émancipation de leur domaine de travail face à la prédominance de la philosophie existentialiste et du marxisme dogmatique, en réalisant des études empiriques sur des objets clairement définis et délimités. Avec l’autonomie grandissante de la sociologie en tant que champ académique spécifique, ce type d’usage scientifique s’est imposé à toute la discipline. Les quatre théoriciens qui ont préparé les chemins que l’interprétation de « Weber » allait prendre dans les décennies suivantes (Boudon, Bourdieu, Crozier et Touraine) sont eux-mêmes devenus des points de repère importants dans le champ sociologique. Dans ma contribution j’essayerai de montrer la façon dont ces quatre théoriciens ont utilisé l’œuvre de Max Weber comme un instrument de recherche (valeur d’usage) et comme un outil de distinction à l’intérieur du champ sociologique (valeur d’échange). En plus de cela, il s’agira d’indiquer les points aveugles dans chacune des quatre interprétations de Weber. Sont présentés dans ce cadre les premiers résultats d'un travail de thèse qui est actuellement en cours.

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